La colonne monolithe se termine par un chapiteau sur astragale, sans tailloir. Le croisillon est semblable à celui de la croix de la place Saint-Paul, comportant, de même, un double quatre-feuilles encadrant une statuette.

Cette croix du XIIIe siècle, appelée la croix Saint-Louis, ou la croix Lyro, se trouvait sous l’ancien Régime, sur la place du Bourg, à l’est, face à la rue Milon. Le mot Lyro, ou Lirot, vient sans contredit d’une famille de Jouarre qui donna un chanoine de l’abbaye, Bernard Lirot, devenu curé de Rozoy en 1579, et un vicaire de Jouarre Nicolas Lirot (1702 à 1705)/

Sous la révolution, on la mutila de son croisillon ; elle figura alors dans le décor des fêtes révolutionnaires, surmontée d’un vase et d’un drapeau tricolore.

Le 29 brumaire an IX (21 novembre 1800), le conseil municipal délibéra ” pour délayer la place de Jouarre des pierres, formant le Calvaire et des degrais (sic), et les conduire de l’hospice. ”

Le 8 avril 1807, la décision est prise de relever le Calvaire sur la place. Nous le savons par une lettre du 8 avril 1807, où le curé de Jouarre, l’abbé Jalenques, écrit ce qui suit à l’évêché de Meaux : “Je reçois à l’instant, une députation du maire de Jouarre qui me fait part qu’on a construit une croix qui doit être placée demain sur la place (où il existait avant la révolution un calvaire), et le vœu du Conseil de cette commune serait que la bénédiction de cette nouvelle croix eût lieu Dimanche prochain 12 du mois, jour où nous faisons faire les premières communions…”

Il conclut sa lettre en demandant au destinataire (le vicaire général ?) de venir bénir la dite croix, ou de lui en donner l’autorisation.
Cette nouvelle croix dût être placée sous les marronniers de la grande place de Jouarre.

Le cadastre de 1829 donne une indication qui pour ne pas être absolument décisive, est vraisemblablement celle de son emplacement; l’abbé Marcenac en a gardé le souvenir, mais le confond avec la vieille croix Saint-Louis, en situant cette dernière, au XVIIIème siècle, “sous les marronniers de la grande place”.

L’ancienne croix Saint-Louis, dont les morceaux furent garés à l’hospice en 1800, fut, par la suite, rétablie à son emplacement actuel, face à l’avenue de Venteuil. On la trouve mentionnée régulièrement comme station à la procession des Saintes Reliques, le Victor Calland ; cette croix, dit aussi l’abbé Thiercelin en 1870 “chargée de plusieurs graphites anciens ( couverte d’inscriptions anciennes par les passants ) est aujourd’hui mal assise et privée de chapiteau et du croisillon qui surmontait le fût ? Il est à croire que la paroisse de Jouarre en laissera pas périr une pierre aussi vénérable, station des reliques dans le trajet de la grande procession du mardi de la Pentecôte.”

[Issu de l’inventaire des croix de carrefour du territoire de Jouarre, le 27 février 1977]